samedi, avril 07, 2018

CRETE SENESI TOSCANE : VAL D'ARBIA : sur les "Strade Bianche" du désert d'argile




Le VAL d’ARBIA c’est l’histoire d’un cours d’eau et d’une voie de communication qui se rencontrent et font un bout de chemin ensemble  : l’Arbia c’est ce torrent qui donne le nom à la vallée, la Francigena, c’est la route médiévale qui, depuis Canterbury, conduisait les pèlerins via Rome, et qui au niveau de Sienne, correspond aujourd’hui au tracé de la Cassia Romana, tronçon entre Rome et Florence.
Le fleuve et la route, qui se côtoient en parallèle, dès la sortie de Sienne, se croisent à Ponte d’Arbia et se séparent à Buonconvento quand l’Arbia se jette dans l’Ombrone.  Dante, dans la Divine Comédie, relate un moment de l’histoire de cette rivière quand il évoque la Bataille de Monteperti (1260) entre Florence et Sienne… et la victoire des gibelins siennois sur le guelfes florentins : 10600 morts dont «le supplice et grand massacre firent l’Arbia se colorer en rouge » (Enfer, chant X , 85)
Le Val d'Arbia est à l'ouest, la partie la plus "dolce" des Crete Senesi, où alternent zones lunaires des terres argileuses siennoises, douces collines mamelonnées, cyprès longilignes qui se dressent dans l'horizon, cicatrices blanches des calanchi calcaires et les couleurs surprenantes qui varient selon les heures, les saisons... 
Sur ce territoire, un réseau de strade bianche, qui ont échappé à l’asphalte, permet de sillonner, à petite allure, en voiture, à cheval, à pied ou à vélo ce patchwork de paysages.

On quitte Sienne par la Porta Romana pour prendre la Cassia (la SR2) vers le sud... un cartel sur la route vous signale le COLLE MALEMERENDA, lieu-dit au cœur de la légende de deux puissantes familles toscanes, les Tolomei et les Salimbeni, protagonistes d'une guerre de clans qui dura deux siècles (XII/XIVe siècle)... On raconte que las de ce conflit, les deux familles décidèrent d'une trêve définitive ; pour se faire les Salimbani organisèrent un repas de Pâques sur une colline proche de la Sienne, avec au menu un rôti et surtout des grives, très prisées, à partager. Quand au début du repas, le vieux Salimbeni s'écria "à chacun le sien", alors que les Tolomei se précipitaient sur les grives, les Salimbeni dégainèrent leur coutelas pour saigner leur voisin révélant ainsi la véritable finalité de cette invitation... male-merenda (mal bouffe) serait à l'origine de l'appellation du site... pas sûr disent certains qui relèvent le nom déjà au XIIIe siècle.

... Passé Isola d'Arbia et Ponte a Tessa, le "désert argileux" toscan s'ouvre à vous, ponctué de coteaux verdoyants, de petits bourgs fortifiés, d'églises et de châteaux, d'anciens dispensaires et d'abbayes et de fermes-fortifiées dites fattoria-fortezza, connues plus précisément sous le nom de grancia, propriété agricole, vivant de façon autonome, comme un petit village, ceint de murs avec portes et tourelles pour se protéger. 

La GRANCIA à CUNA, fattoria-fortezza modèle, était propriété de l'Ospedale de S.M. della Scala de Sienne, premier hôpital en Europe mis en place entre le IXe-XIe siècle, en fâce du Duomo de Sienne, par les chanoines de la cathédrale, reconverti aujourd'hui en un très riche pôle culturel, le Complesso Museale di S.M. della Scala. L'hôpital s'agrandit et se diversifia au fil des siècles (annexion de l'Eglise de la Santissima Annunziata) grâce aux dons et aux legs des grandes familles siennoises, et ce, jusque dans la campagne environnante avec l'acquisition de terres et l'administration de fermes... Si sa vocation initiale était légitimement thérapeutique, très vite sa mission philanthropique s'étendit à l'accueil des pèlerins qui empruntaient la via Francigena, à l'hébergement des orphelins, à l'assistance des nécessiteux (cf.Salle des Pèlerins à Sienne fresques de Domenico di Bartolo, détail), et enfin, à la production agricole, qui pendant cinq siècles, sera source de soutien pour l'hôpital jusqu'au XVIIIe. La GRANCIA dello SPEDALE di Santa Maria della Scala di Siena, restaurée et très bien conservée et ouverte à la visite.

... MONTERONI, village modeste du comté de Sienne doit lui aussi son développement médiéval à l'extension patrimoniale du Spedale, qui avait racheté des terres alentours, et qui construisit le premier Mulino di Monteroni fortifié (1332) pour mieux utiliser les eaux de l'Arbia. Se visite.

... Un crochet sur une Strada Bianca ("route blanche") vers RADI et VILLE DI CORSANO vaut le détour, tout comme la halte médiévale et méditative à la Pieve di San Giovanni Battista di Corsano. C'est ici que l'on croise les cyclistes expérimentés qui viennent se mesurer surce circuit qui accueille chaque année des amateurs cyclistes du monde entier pour la course la Gran Fondo delle Strade Bianche, une boucle, qui depuis Sienne, traverse le Val d'Arbia.



... On rejoint la Cassia pour la dernière étape  en Val d'Arbia : BUONCONVENTO

À trente kilomètres de Sienne, le bourg de Buonconvento, encore à l'abri de ses murailles médiévales (1371-1375), se situe à la confluence de L'Arbia dans l'Ombrone. Sa situation stratégique sur la via Francigena lui donna un rôle commercial important et elle devint à la fin du XIVe siècle le siège du Podestat (cf. le Palazzo Podestarile, couvert des blasons du Podestat qui jouxte la Torre Civica). En 1480, la citoyenneté siennoise fut accordée à ses résidents. Très bien conservées ses maisons en brique rouge, la Torre Civica, et même le Palazzo Ricci-Socini, rare exemple d'architecture Liberty, qui regroupe dans le MU$EO SACRA DELLA VAL D'ARBIA, des peintures recueillies dans les églises locales (Duccio di Buonensegni, P. Lorenzetti, A. di Bartolo...  (Andrea Piccinelli dit il Brescianino, Madonna che allatta il bambino e i Santi Battista e Girolamo)

... Géographiquement le Val d'Arbia se termine à Buonconvento mais les paysages des Crete n'auront pas fini de vous éblouir en continuant soit vers le sud via Montalcino et le Val d'Orcia... soit en rejoignant Sienne — via les fameuses CALANCHI de CHIUSURE et la visite incontournable de l'ABBAYE de MONTE OLIVETO MAGGIORE (dans le Grand Cloître, ensemble de fresques commencé par Luca Signorelli (1497-1498), poursuivi et terminé par le Sodoma (1505)) — puis  ASCIANO et Sienne (via SP 438).


Rappelons que c'est l'action des vents qui modèle ce paysage collinaire en créant les  calanchi (ces cicatrices profondes) et les biancane (ces petits mamelons pyramidaux) et que c'est la présence du sulfate de sodium alliée à l'action des rayons du soleil qui donnent à la terre cette, intense variabilité chromatique  : le gris de l'argile alterne avec le brun, le jaune et l'orangé du sulfate, mais le vert des cyprès et le doré des champs de céréales attestent néanmoins de la vitalité de ce territoire immobile mais vivant.




et aussi...

EXCURSION à VELO
Depuis le centre de Buonconvento, suivre les indications pour Pieve a Salti. Dépassé le passage au niveau, deux bons coups de pédale et vous êtes sur une merveilleuse Strada Bianca (10 kms environ). Après être passé devant l’Agriturismo Pieve a Salti, on rejoint la route goudronnée qui bifurque à gauche pour San Giovanni d’Asso (connu pour ses fameuses truffes blanches). Depuis San Giovanni, on monte graduellement pendant 4 kms vers Asciano sur une route de crête jusqu'à la bifurcation pour Chiusure (connu pour ses artichauts violets), où là, commence la descente sur Asciano (8 kms). D'ici on prend la route vers Buonconvento (18 kms) qui tout de suite commence avec une « belle » montée jusqu'à la l’Abbaye de Monte Oliveto dans l’environnement magnifique des calanchi. Après la visite de l’Abbaye, la route sinueuse qui rejoint Buonconvento est toute en descente. Détails et carte.   

EXCURSION EN "TRAIN NATURE"
A/R Sienne : dates et programme
 http://www.terresiena.it/it/trenonatura/programma

OENOTOURISME
Autre spécialité, le Val D’Arbia AOC  : "un vin moderne de tradition ancienne" produit à partir des raisins des cépages Trebbiano toscano et Malvasia del Chianti et Chardonnay. Vin blanc frais, fin et vif, conseillé avec les apéritifs, poissons et viandes blanches. Et le Val d'Arbia Vin Santo, doux, demi-sec ou sec, obtenu avec les mêmes raisins et vieilli dans des barillets au moins pendant trois ans, vin de pâtisseries ou de méditation… à consommer avec modération.
L'Association Grance Senese regroupe cinq vignobles




GUIDE PRATIQUE 

(Ambrogio Lorenzetti)
Se Loger
SIENNE
Palazzo Ravizza
http://www.palazzoravizza.fr/ 

Casa Mastacchi
via Camélia, 52 dans le centre historique
Tél.0577-280655 - 340-4696175
Double avec PD  : 40/100€
charme 

BUONCONVENTO-PODERE QUARANTALLINA
Agriturismo Quarantallina
www.quarantallina.com/

ETAPES : SE RESTAURER
VILLE DI CORSANO
Osteria Il Ristoro
www.osteriailristoro.it/

RADI
Sapore di Radi
www.saporidiradi.it/
tél.0577-707016

CHIUSURE
Locanda Paradiso
Via Porta Senese, 25
www.lamiaterradisiena.it/chiusure/locanda%20paradiso.htm



Repaires cartographiques (clic sur image = agrandir)
 


PARUS
Les Crete 1 :
Les Crete 2/San Giovanni d'Asso
Les Abbayes Siennoises

vendredi, janvier 19, 2018

Turin : Casa Museo Carlo Mollino, Carlo(s) Mollino(s)









Carlo Mollino fut un personnage hors du commun dans le monde de l'art de l’entre-deux-guerres. Esthète excentrique, il fut à la fois un architecte et un designer parmi les plus grands, mais également professeur à la Faculté d’Architecture du Politecnico de Turin, photographe, expérimentateur de nouvelles technologies, journaliste. Il a inventé un concept inédit de la descente à ski, fut un excellent pilote de voitures et d’avions d’acrobatie et s’est probablement aussi adonné à l‘occultisme.     



CARLO MOLLINO, le Turinois
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En ce sens, Carlo Mollino est bien représentatif de sa ville natale : né à Turin le 6 mai 1905, il vivra, travaillera et y mourra le 29 août 1973. Turin... une ville secrète, située au confluent des deux rivières Po et Dora, et placé sur deux triangles superposés, l'un en connexion avec la magie blanche et l'autre avec la magie noire, Turin qui possède deux âmes et une séculaire tradition ésotérique (que l'on peut découvrir lors de parcours touristiques organisés dans la ville). Carlo Mollino... un artiste secret, bâtisseur rare et photographe prodigue méconnu de ses concitoyens jusqu'après sa mort.
  

CARLO MOLLINO, l'architecte

Fils d'un architecte de Turin, Carlo Mollino étudie l'ingénierie et l'histoire de l'art avant de s'inscrire à l'Ecole d'Architecture de Turin dont il sort diplomé en 1928. Il travaille ensuite dans l'agence de son père. En 1937 il réalise ce que l'on considère comme son chef d'oeuvre architectural : le bâtiment de la Societa Ippica de Turin (détruit en 1960). Cette même année il commence à dessiner du mobilier et se lance dans la décoration d'intérieurs. Sorte de Dali de l’architecture, Carlo Mollino a réinventé l’espace avec sa folie artistique et son obsession des équilibres incertains. Considéré comme l’un de plus grands architectes italiens de l’entre-deux-guerres, cet acrobate des styles qui s’enchevêtrent est l’auteur de nombreux chefs-d’œuvres dont le Teatro Regio, son dernier.









Odisseo Musicale, porte sculptée en bronze d'Umberto Mastroianni


CARLO MOLLINO, le designer
Dans les années 40, sa conception très expressive du design, étiquetée "baroque turinois" our son biomorphisme exubérant s'oppose au rationalisme des designers milanais.Parmi ses œuvres originales, figure une série de tables, prototypes ou pièces uniques résultant d'un mélange stylistique disparate, du Baroque au Modernisme, du Rococo au Surréalisme, du Futurisme à l'Art Nouveau pour arriver à une liberté créative extraordinaire...parmi lesquelles la table en verre dont le plateau est supporté par une structure "paléontologique" en forme de colonne vertébrale. De même, les chaises des années 50 avec leur assise se prolongeant sans césure en dossier oblong, s'inscrivent dans une tendance biomorphique éloignée des canons du modernisme français d'un Jean Prouvé ou d'un Le Corbusier.









CARLO MOLLINO, l'aventurier

Carlo Mollino fut un brillant théoricien dans de nombreux domaines. L’architecture, le design, occupent bien évidemment une place à part, mais ce fou de ski s’intéresse également de près à la vitesse dans ce sport et publie dans les années 50 un traité "Introduzione al discessismo" exposant non seulement sa technique de descente mais aussi "une personnalité étrangement torturée". Tout en continuant sa brillante carrière, il s'intéresse à la mécanique et devient designer de voitures de course : il signe la OSCA 1100 et la BISULIRO de Maserati pour courir les 24 heures du Mans de 1954 et 1955... l'aviation acrobatique fit aussi partie de ses passions.




CARLO MOLLINO, le photographe
"Dès les années 1930, Mollino fait déjà des photographies similaires, au sein de ses maisons et appartements. Il photographie des jeunes femmes avec des accessoires, photographies reprises dans sa publication « Il messaggio dalla camera oscura » en 1949. Les photographies plus tardives, des années 1950, sont plus osées. Des jeunes femmes  se dévêtent, mi-amusées, mi-effrontées, sous l’œil du spectateur. Le jeu, l’humour presque, semblent perceptibles dans ces images pourtant franches, crues, de corps abandonnés et offerts, de visages détournés ou défiants. Brisant la perspective par une multiplication de jeux de miroirs, de voilages ou de panneaux, il dissout l’espace réel pour en faire un lieu indéfini d’une grande  puissance expressive, mêlant meubles aux matériaux bruts et douceur des soieries et des chairs. De même, dans ses photographies de nus, en noir et blanc ou en couleur, le modèle et son environnement sont toujours étroitement liés, dans une relation sensuelle et expressive.
 
La photographie restera toujours pour Mollino une démarche très personnelle, où il exprime son attachement à des thèmes qui lui sont chers, comme l’architecture, le ski, la voiture, ou les femmes. Il semble même que ces thèmes de prédilection se recoupent, ses meubles s’inspirant des courbes des femmes qu’il photographie, et celles-ci se fondant dans les courbes dessinées par le designer dans les photographies qu’il prend d’elles...." 


CARLO MOLLINO, VIE SECRETE 
Carlo Mollino eut une vie privée de célibataire très intense et cachée. Son obsession la plus personnelle fut découverte après sa mort : quelques 1300 Polaroids de femmes séduites, prostituées ou amoureuses qui ont posé pour lui et chez lui entre 1962 et jusqu'à sa mort en 1973. 
"des POLAROIDS aux couleurs fanées, qui représentent des jeunes femmes, vêtues ou non, portant accessoires, perruques et costumes, lançant un air lascif à l’appareil...dans les décors familiers à Mollino. En effet, paravents, miroirs, lits, rideaux, chaises et mobiliers divers, sont ceux de la villa Zaira et ceux de sa dernière résidence dans la via Napoleone à Turin... Ces Polaroids à l’ambiance baroque et surannée d’un boudoir ou d’un gynécée moderne, sont très étudiées. La composition, la lumière, sont savamment travaillées, de même que les images elles-mêmes sont adoucies, pour correspondre plus à l’idéal féminin de Mollino. Les teintes sont sourdes mais restent douces, les poses érotiques sont contrebalancées par des airs parfois presque angéliques. Sculpturales dans des décors minimalistes, les modèles sont sublimées, et l’ironique opulence de ces mises en scènes rompt avec le caractère licencieux des photographies, rendant parfaitement compte de l’esthétique très précise de l’artiste, faite d’oppositions et de contrastes, entre ombre et lumière, épure et baroque, ésotérisme et sensualité."




Pour rajouter aux mystères, citons le livre que Mario Soldati publie en 1966 : L'Enveloppe orange (Le Promeneur), un récit d'amour construit sur la femme aimée et son double dont le héros se nomme Carlo...`
À l'occasion de la réédition du mythique livre Carlo Mollino,POLAROIDS (Damiani) Le magazine AD imagine dans un de ces articles, la rencontre qu'aurait pu faire ces deux Turinois...
"Automne 1965. Turin. Mario Soldati et Carlo Mollino descendent la via Giuseppe Verdi en direction du Po. Les deux hommes se connaissent depuis longtemps. Ils ont presque le même âge. En ce mois de novembre, tous deux, soixante ans. Voilà bien longtemps qu’ils ne se sont pas vus mais se sont croisés par hasard sur la place Castello. Carlo sortait du Teatro Regio dont on voulait lui confier la rénovation ; Mario, de l’appartement d’un couple d’amis qu’il était venu saluer. Les mains enfoncées dans les poches de leurs pardessus, ils se remémorent quelques souvenirs, de femmes, surtout.
Leur allure, décidée, pragmatique, réservée voire hautaine, ne saurait être plus piémontaise. Bientôt, à l’heure où la faible lueur des lampadaires se mêle aux prémices de la nuit, ils arrivent à la villa Zaira baptisée ainsi en souvenir d’une lointaine cousine de Carlo aussi libre qu’aimée. Quelques whiskies, des rires, puis : « Les Egyptiens, mon cher Mario, avaient l’obsession du double. Toutes les statues étaient sculptées par paire. L’une symbolisait le plaisir, l’autre, la nécessité. Sans cette harmonie partout représentée, le pharaon ne pouvait incarner la sérénité indispensable à son règne terrestre ni trouver la paix après sa mort. Il faut que je te montre quelque chose…
Du tiroir d’un secrétaire, Carlo sort une grande enveloppe orange qu’il vide devant Mario. Des dizaines de Polaroid, méticuleusement protégés par des cartes en bristol. Rien n’est laissé au hasard. La mise en scène, le décor, les poses… ces femmes affranchies de la crainte d’être vues, Soldati les imagine, assemblées côte à côte, couvrir les murs d’un tombeau. À genoux devant un rideau de canisses, une beauté semble s’amuser de l’objectif. « Voici Sandra. Qu’elle était belle Sandra ! » Et une autre, entre deux cierges, jambes écartées, le visage auréolé d’une coiffe métallique. « Et voilà, Méris. Ma préférée ! » Du poste s’échappent des paroles d’amour. Les yeux de Carlo brillent. La douceur, la langueur, la béatitude de la mélodie, les couleurs et les formes du mobilier, la scène a pour Mario valeur de révélation. « Son haleine fait la musique / Comme sa voix fait le parfum. "


Face à toutes ces grâces souriantes dans leur divine stupidité, ces deux vers de Baudelaire lui sont revenus à l’esprit. « Carlo, il nous aura fallu tellement de temps pour comprendre tout cela. Toutes ces idioties sorties de la bouche de nos mères que nous avons vainement affrontées, que nous avons fait subir aux autres femmes plutôt que de les aimer. Aujourd’hui, j’ai oublié tout ce que m’avait dit ma mère. Peut-être ne m’avait-elle rien dit. Peut-être ne m’a-t-elle jamais rien dit. »



LE FANTÔME DE CARLO MOLLINO

au MUSEO CASA MOLLINO
Fasciné par la vie et par son prolongement au-delà de la mort, C. Mollino commence en 1960 la réalisation d'un projet personnel autour d'un appartement secret, qu'il n'habitera jamais et qui est devenu aujourd'hui le "Museo Casa Mollino", fondé par Fulvio et Napoleone Ferrari en 1999, consacré à la recherche, à la valorisation et diffusion ainsi qu'à l'authentification de l'œuvre de C. Mollino
Un intérieur très particulier qu'il avait imaginé pour lui et qui, à travers ses nombreux éléments ésotériques, permet de comprendre plus en profondeur certains aspects de la personnalité et de l'œuvre de l'architecte.
Turin, l’Egypte, la mort…. Turin, qui possède dans son célèbre Musée des Antiquités Egyptiennes l’une des plus grandes collection égyptologues du monde... la mort, ce deuxième épisode, qui pour l'Egypte antique, plonge dans le monde mystérieux de l'au-delà…. On peut imaginer que ces "fréquentations" furent des clefs pour un Carlo Mollino fasciné par l'existence possible d'une vie après la mort et notamment par l’histoire du tombeau de Khâ, architecte du roi (sous les règnes d'Amenhotep II, Thoutmôsis IV et Amenhotep III) et de sa femme Merit, tombeau datant de 3500 ans, retrouvée intact au début du XXe. 
On pourrait encore faire référence à cette analogie : les anciens Egyptiens avaient des croyances très élaborés sur la mort et sur l'au-delà. La rive du Nil, à l'est, où apparaît le soleil, symbole de vie, appartient aux vivants. La rive du Nil à l'ouest, où disparaît le soleil, appartient aux morts. Turin située aux confluents des deux rivières, le Po et la Dora oscillerait entre magie noire et magie blanche...

Le Museo Casa Mollino, serait donc un véritable cénotaphe conçu par lui, dans l'idée de le faire vivre éternellement. Un tombeau pour le pharaon Mollino et pour ses "épouses" cachées...dans une "Enveloppe orange" ou dans un placard ?
(à y regarder de plus près...avec un pied en moins et une chainette de sécurité sur la porte, difficile de s'en échapper...)
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La visite sur rendez-vous essaie de cibler un public intéressé plus que le grand public. De fait, les visiteurs sont avant tout des professionnels du design et de l'architecture, des photographes, des artistes et des amateurs éclairés, admirateur de l'artiste surdoué, curieux du personnage et de son univers, venus en pèlerinage pour mieux se rapprocher de cette œuvre "fantastique" (au sens littéral du terme) qui "s'est tout permis"...comme il l'avait annoncé. 
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Fulvio (à droite) et Napoleone Ferrari
MUSEO CASA MOLLINO
2, Via Giovanni Francesco Napione
10124 TORINO
Tél. 011-812 9868 - Courriel : cm@carlomollino.org


Dans le musée sont conservées les archives documentaires les plus complètes sur son activité de designer, qui ont permis la publication du catalogue raisonné I mobile di Carlo Mollino (Phaïdon, Londres, 2006).
Le musée a également publié trois ouvrages sur son activité photographique et de nombreux catalogues, réalisés à l'occasion des rétrospectives organisées par Fulvio et Napoleone Ferrari à la GAM de Turin, au Castello di Rivoli, à la Kunsthalle de Vienne, à la Nottingham Contemporary, à la Haus des Kuns de Munich.


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