vendredi, janvier 19, 2018

Carlo Mollino, Carlo(s) Mollino(s)










Carlo Mollino fut un personnage hors du commun dans le monde de l'art de l’entre-deux-guerres. Esthète excentrique, il fut à la fois un architecte et un designer parmi les plus grands, mais également professeur à la Faculté d’Architecture du Politecnico de Turin, photographe, expérimentateur de nouvelles technologies, journaliste. Il a inventé un concept inédit de la descente à ski, fut un excellent pilote de voitures et d’avions d’acrobatie et s’est probablement aussi adonné à l‘occultisme.     

CARLO MOLLINO, le Turinois
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En ce sens, Carlo Mollino est bien représentatif de sa ville natale : né à Turin le 6 mai 1905, il vivra, travaillera et y mourra le 29 août 1973. Turin... une ville secrète qui possède deux âmes et une séculaire tradition ésotérique (que l'on peut découvrir lors de parcours touristiques organisés dans la ville). Carlo Mollino... un artiste secret, bâtisseur rare et photographe prodigue méconnu de ses concitoyens jusqu'après sa mort.
  
CARLO MOLLINO, l'architecte

Fils d'un architecte de Turin, Carlo Mollino étudie l'ingénierie et l'histoire de l'art avant de s'inscrire à l'Ecole d'Architecture de Turin dont il sort diplomé en 1928. Il travaille ensuite dans l'agence de son père. En 1937 il réalise ce que l'on considère comme son chef d'oeuvre architectural : le bâtiment de la Societa Ippica de Turin (détruit en 1960). Cette même année il commence à dessiner du mobilier et se lance dans la décoration d'intérieurs. Sorte de Dali de l’architecture, Carlo Mollino a réinventé l’espace avec sa folie artistique et son obsession des équilibres incertains. Considéré comme l’un de plus grands architectes italiens de l’entre-deux-guerres, cet acrobate des styles qui s’enchevêtrent est l’auteur de nombreux chefs-d’œuvres dont le Teatro Regio


CARLO MOLLINO, designer
Dans les années 40, sa conception très expressive du design, étiquetée "baroque turinois" our son biomorphisme exubérant s'oppose au rationalisme des designers milanais.Parmi ses œuvres originales, figure une série de tables, prototypes ou pièces uniques résultant d'un mélange stylistique disparate, du Baroque au Modernisme, du Rococo au Surréalisme, du Futurisme à l'Art Nouveau pour arriver à une liberté créative extraordinaire...parmi lesquelles la table en verre dont le plateau est supporté par une structure "paléontologique" en forme de colonne vertébrale.









CARLO MOLLINO, INGENIEUR





CARLO MOLLINO, PHOTOGRAPHE
"Dès les années 1930, avant de commencer les Polaroids aujourd’hui célèbres, Mollino fait déjà des photographies similaires, au sein de ses maisons et appartements successifs comme la Casa Miller (1936), la Casa Devalle (1939-40) ou la villa Zaira (1968). Dans la première, il photographie des jeunes femmes avec des accessoires comme une grande tête de cheval blanche, des drapés, ou encore des jeux de miroirs, photographies qui seront reprises dans sa publication « Il messaggio dalla camera oscura » en 1949. Les photographies plus tardives, dans les années 1950, sont plus osées. Des jeunes femmes – étudiantes, danseuses, prostituées, amies – se dévêtent, mi-amusées, mi-effrontées, sous l’œil du spectateur. Le jeu, l’humour presque, semblent perceptibles dans ces images pourtant franches, crues, de corps abandonnés et offerts, de visages détournés ou défiants. Brisant la perspective par une multiplication de jeux de miroirs, de voilages ou de panneaux, il dissout l’espace réel pour en faire un lieu indéfini d’une grande  puissance expressive, mêlant meubles aux matériaux bruts et douceur des soieries et des chairs. De même, dans ses photographies de nus, en noir et blanc ou en couleur, le modèle et son environnement sont toujours étroitement liés, dans une relation sensuelle et expressive. La photographie reste toujours pour Mollino une démarche très personnelle, où il exprime son attachement à des thèmes qui lui sont chers, comme l’architecture, le ski, la voiture, ou les femmes. Il semble même que ces thèmes de prédilection se recoupent, ses meubles s’inspirant des courbes des femmes qu’il photographie, et celles-ci se fondant dans les courbes dessinées par le designer dans les photographies qu’il prend d’elles...." 

CARLO MOLLINO, VIE SECRETE 

Ses photographies les plus célèbres sont celles produites au cours des années 1960, les Polaroids aux couleurs fanées, qui représentent des jeunes femmes, vêtues ou non, portant accessoires, perruques et costumes, lançant un air lascif à l’appareil...dans les décors familiers à Mollino. En effet, paravents, miroirs, lits, rideaux, chaises et mobiliers divers, sont ceux de la villa Zaira et ceux de sa dernière résidence dans la via Napoleone à Turin... Ces Polaroid à l’ambiance baroque et surannée  d’un boudoir ou d’un gynécée moderne, sont très étudiées. La composition, la lumière, sont savamment travaillées, de même que les images elles-mêmes sont adoucies, pour correspondre plus à l’idéal féminin de Mollino. Les teintes sont sourdes mais restent douces, les poses érotiques sont contrebalancées par des airs parfois presque angéliques. Sculpturales dans des décors minimalistes, les modèles sont sublimées, et l’ironique opulence de ces mises en scènes rompt avec le caractère licencieux des photographies, rendant parfaitement compte de l’esthétique très précise de l’artiste, faite d’oppositions et de contrastes, entre ombre et lumière, épure et baroque, ésotérisme et sensualité.